• Le fonctionnement binaire du débat politique, en France surtout, ne valorise pas l'analyse sereine de la complexité des pensées avancées par les uns et les autres et je me méfie en particulier du fonctionnement crypto-totalitaire des jugements péremptoires avancés par la gauche de la gauche, lorsqu'elle désigne un peu rapidement comme droitier, réactionnaire ou fasciste tout penseur ou politicien, ou simple citoyen - conservateur, centriste ou même socialiste (voir les procès de la gauche de la gauche actuelle faits à Fabius, Strauss-Kahn, Tony Blair, Shroeder et même ...les verts ayant signé avec lui les nouvelles mesures sur l'emploi en Allemagne..) - dès lors qu'ils se démarquent des solutions préconisées par la gauche extrême pour résoudre les problèmes sociaux et aller vers les grands soirs alter ou anti-mondialistes.
    A ceux qui sont partisans d'une éthique en politique, il ne sera peut-être pas inutile de rappeler que Robespierre, le grand jacobin, précurseur des révolutions prolétariennes et de leur terreurs et charniers futurs, voulait, comme le mentionne Alain Finkielkraut, dans "l'imparfait du Présent" "substituer la morale à l'égoïsme" (Discours pour le bonheur et la liberté).
    Le même Finkielkraut cite également, à la même page, le brillant plaidoyer de Robespierre pour l'exécution du roi sans procès : "Les peuples ne jugent pas comme les cours judiciaires; ils ne rendent point de sentence, ils lancent la foudre ; ils ne condamnent pas les rois, ils les replongent dans le néant ; et cette justice vaut bien celle des tribunaux." (in textes choisis, Editions sociales)
    Mon commentaire personnel  sur cette citation: Si seulement il ne s'était agit que de replonger le roi dans le néant, je pourrais souscrire, mais on sait bien désormais (certains l'oublient ...) , qu'après le roi et le tsar, les cadets et les sales bourgeois oppresseurs des masses, suivent rapidement les mencheviks, les Socialistes révolutionnaires, les anarchistes et autres trotskistes, ainsi que tout le monde et en premier lieu et surtout les masses que l'on se propose de sauver du joug bourgeois capitaliste. 
    Trotski lui aussi était partisan de l' "abolition violente de tous les liens moraux entre les classes ennemies." in "Leur Morale et la nôtre" cité également dans l'ouvrage d'AF ici mentionné ...
    Comme disent les écologistes allemands à propos du nucléaire "Nein danke" non merci. Je ne suis pas prêt à m'embarquer dans une autre aventure égalitariste.
    La démocratie bourgeoise, mondialisée ou non, n'est certainement pas le meilleur des régimes et il faut certainement l'aménager et le réformer sans cesse pour le rendre plus juste (ou plutôt moins injuste), et je reconnais que les alter-mondialistes jouent un rôle positif à l'échelon mondial et national.
    Je suis en revanche résolument réformiste (ce que n'est pas, je pense, quoi qu'elle en dise, la gauche extrême en France), c'est à dire que je situe toute évolution possible à l'intérieur du système démocratique bourgeois, aussi injuste et inégalitaire soit-il (je ne suis pas un doux rêveur )
    Il me semble en effet (sans en être certain !!! ceci est très important !!) que lui seul ne risque pas, par de violents coups de barre à gauche ou à droite, de provoquer des catastrophes sociales, humanitaires, écologiques - voir la situation des anciens pays du socialisme réel à ce sujet - bien pires encore que celles justement dénoncées par les écologistes et les alter-mondialistes.
    On me répondra sans doute que c'est précisément ce système qui nous conduit à la catastrophe imminente. Je ne suis pas persuadé à 100% que cela ne risque pas de se produire, mais je penche plutôt pour une option un peu plus optimiste, et je ne pense pas être plus ignorant, plus mal informé ou plus dégueulasse que ceux qui annoncent un fin du monde proche. Peut-être pourra-t-on me persuader du contraire.
    Je ressens un certain malaise, en effet envers les postures "Robespierriste" d'une certaine gauche, consistant à désigner forcément des salauds et des coupables de tout le mal existant dans le monde.
    Les régimes totalitaires arrivent rarement au pouvoir sans que des salauds instrumentalisent les sentiments des peuples mais ils ne font que traduire dans les faits et dans des programmes politiques les aspirations et les rancoeurs des "damnés de la terre" envers des ennemis réels ou supposés de race ou de classe. Que ces ennemis soient identifiés, selon les circonstances historiques, les cultures et les pays, comme 'la juiverie internationale", "les cent familles", "le capitalisme monopoliste d'état", "l'axe américano sioniste" ou "l'axe du mal" cher à Bush, ne constitue pas à mes yeux une différence fondamentale et peut déboucher sur les mêmes catastrophes humaines que l'on a connues.
    On sait ce que ce genre d'attitude a fait comme dégat, même et surtout quand elle émanait de gens ayant les meilleurs intentions du monde. L'enfer totalitaire est pavé de bonnes intentions progressistes.... Le goulag n'a pas été construit que par des salauds. Il n'a pas été l'oeuvre de progressistes bien sûr, je ne ferai pas le procès inverse, mais il a été rendu possible progressivement par des positionnements de type Sartrien distribuant les brevets de bonne conduite sociale et les excommunications intellectuelles.
    On se souvient  de la phrase célèbre selon laquelle, à l'époque  il vailait mieux "avoir tort avec Sartre que raison avec Camus....."
    Car en effet, si ceux qui ne partagent pas nos vues deviennent "objectivement" des alliés de la réaction, pourquoi ne pas fermer les yeux pudiquement devant la répression qui commence à les rendre inoffensifs dans des situations historiques toujours difficiles, où les choses se précipitent, où l'ancien monde réagit forcément, et où il faut prendre des décisions pour maintenir à tout prix au pouvoir les gens qui défendent les thèses dont je suis persuadé qu'elles sont supérieures à toutes les autres.
    Que deviennent des Finkielkraut, BHL, et autres Kushner dans ce type de contexte extrêmement instable que sont les périodes révolutionnaires ?
    Cela peut paraître sans doute injuste "unfair" disent les anglais , aux gens de la gauche extrême, qui viennent d'horizons anarchistes ou libertaires, et ne peuvent concevoir que leur combat puisse déboucher sur une société totalitaire, mais j'ai parfois l'impression que malgré des choix plus responsables et un militantisme tout à fait respectable aux verts et dans des associations alter-mondialistes, certains anciens baba-cool gauchistes et soixantehuitards reconvertis à la gauche du PS ou des verts continuent à s'enfermer dans le vertige douillet de la pureté doctrinale et idéologique.
    Il est tout à fait légitime, bien sûr, d'essayer de convaincre les autres par des voies (des voix aussi dirait Lacan !!!) démocratiques. Mais le mur d'arain des convictions partisanes et militantes dresse parfois une barrière invisible et en tout cas silencieuse entre ceux que l'on veut convaincre et les convictions du militant ou du simple convaincu, car ce mur empêche peut être parfois d'entendre les objections de ceux qui, pour ne pas partager une vision millénariste d'une apocalypse proche qu'engendrerait immanquablement le système capitaliste, n'en sont pas forcément des crapules ou des ignorants.
    Certains propos et "désignations" comme étant "à droite" - on disait "droitière" sous le stalisnisme et cela était souvent le début de la fin pour ceux qui étaient désignés comme tel - de positions qui s'interrogent, par exemple simplement, comme le font d'ailleurs la plupart des sociaux démocrates européens, sur la validité possible de certaines mesures prise par la droite ou sur le fait qu'une certaine flexibilité des emplois pourrait peut-être diminuer le taux de chômage en France, peuvent être perçues comme des discours d'apprenti commissaire politique.
    Ils peuvent en tout cas aboutir au silence de gens qui ne sont pas des grandes gueules et n'osent pas répondre au risque de devenir infréquentables aux yeux de ceux qui s'érigent en "commandeurs du droit et de la morale politique.
    Je le dis d'autant plus sereinement que je fais mon mea culpa et que j'ai bien conscience d'avoir proféré en mon temps ce genre d'évaluation sauvage à l'égard de gens qui étaient simplement plus pragmatiques (plus intelligents ? moins sectaires ?) que je ne l'étais à l'époque.
    Au point où j'en suis maintenant, l'absence de certitudes est, pour moi, un signe de bonne santé mentale et politique, comparée à la rigueur doctrinale. L'histoire a heureusement permis de mettre au rencart épistémologique le concept de socialisme scientifique .
    Pour terminer, et illustrer ma pensée, je vous propose ci-dessous, un texte d'Alain Finkelkraut, extrait de son livre de dialogues avec le philosophe allemand Peter Sloterdijk: Les battements du monde, chez Pauvert. Chapitre X. Où sont passés les adultes ? Ce texte traduit en effet assez bien ma position quant au manichéisme du débat politique actuel, en France surtout.
    Cela ne signifie pas, bien sûr, une résignation adulte à ne pas changer un monde imparfait, mais plutôt une position "Camusienne". La révolte devant les injustices du monde, les réformes, oui, mais pas la révolution, la rupture avec le système démocratique porteuse de plus de malheurs encore que n'en génère nos sociétés actuelles aussi imparfaigtes soient-elles.
    Le docteur Rieux dans la peste continue à soigner les malades, tout en sachant très bien que la peste ne disparaîtra jamais totalement et  qu'il devra, comme Sysyphe, continuer à pousser à nouveau son rocher au somment de la colline après l'avoir monté là-haut pour la énième fois et n'avoir pas pu l'empêcher de redescendre.
    "Je ne déteste pas la jeunesse qui a été la mienne, mais ce n'est certainement pas sur ma conscience adolescente que je tablerais pour faire face aux exigences de l'heure. L'adolescent, c'est l'être au regard clair, à la voix vibrante, au visage grave qui ne voit jamais que des scandales là où il y a des problèmes ou des dilemmes, et des lignes droites là où il y a des carrefours. Pour lui que l'égoïsme écoeure, la politique se confond avec la morale et la morale elle-même se réduit au combat avec le Dragon. Les situations réelles pourtant relèvent plus souvent de l'alternative cornélienne que de la vengeance du compte de Monte Cristo, et la morale n'est difficile que parce qu'elle n'oppose pas le Bien et la Bête, mais consiste............. à choisir entre un bien et un autre bien. La démocratisation du luxe est un bien, mais, pour autant, la préservation du monde. La famille est un bien ainsi que l'émancipation des femmes..... A quel saint se vouer ? Que faire quand le devoir donne des ordres contradictoires ou de plusieurs côtés à la fois ? L'adolescence fuit ce casse-tête éthique dans l'abstraction exaltante d'un univers de substitution où toute la souffrance des hommes résulte de la politique des méchants. Sortir de l'adolescence, c'est donc n'avoir plus besoin d'un salaud pour incarner la mauvaise part de l'histoire : la gravité juvénile laisse place non certes à la frivolité ou à la maîtrise, mais à l'embarras et à la passion de comprendre. Passion qui se fait( jour jusque dans les situations extrêmes : " Que le lecteur referme ici ce livre s'il en attend une accusation politique", écrit Soljenistsine dans l'Archipel du Goulag. "Ah si les choses étaient si simples, s'il y avait quelque part des hommes à l'âme noire se livrant perfidement à de noires actions et s'il s'agissait seulement de les distinguer des autres et de les supprimer n! Mais la ligne de partage entre le bien et le mal passe par le coeur de chaque homme. Et qui ira détruire un morceau de son propre coeur ? La voix de stentor de Soljenitsine avait ébranlé les fondations du communisme. Maintenant que le communisme est tombé, cette voix se trouve recouverte, comme celle du choeur antique, par le lyrisme assourdissant des luttes "citoyennes". Il n'y a presque plus personne pour tendre aux jeunes une main secourable et les sortir du mélodrame. En France notamment, on adore les grandes antithèses Hugoliennes .................. Qu'il se tourne vers les profs, les artistes, les journalistes ou les philosophes - l'adolescent contemporain ne rencontre, sauf exception, que lui-même , c'est à dire l'allergie à l'inextricable et l'extase des engagements binaires

    aucun commentaire
  • Je viens de lire un article du site Rue 89, qui à mon avis, est complètement à côté de la plaque concernant le film.
    http://www.rue89.com/2009/04/02/la-journee-de-la-jupe-la-triple-imposture
    Analyse typiquement idéologique, refusant de voir certaines réalités, qui dérangent la réprésentation que l'auteur voudrait imposer du monde et de la société actuelle.
    Par exemple et entre autres bétises, accuser le réalisateur de ne montrer que des noirs et des arabes pour décrire la montée du machisme est ridicule. Le réalisateur a au contraire pris soin de choisir un blanc et un noir comme protagonistes repoussoirs de l'histoire. Autre exemple de déni du réel : Dire que les blancs sont ultra majoritaires dans un collège de banlieue est tout simplement mensonger. . Si le  rédacteur de l'article n'a pas mis les pieds hors du périf depuis longtemps et ne connait que les établissements des beaux quartiers parisiens, je lui propose de venir faire un tour chez moi et de faire la sortie des collèges de Courcouronnes. Décidément, le "critique" et moi n'avons pas vu le même film, mais il faut prendre connaissance de l'article pour mesurer l'étendue d'un certain aveuglement, mis en mots dans une langue de bois que ne désavouerait pas un comissaire politique soviétique.
    Parmi les reproches imbéciles que l'auteur de l'article du site Rue 89 adresse au film et à son réalisateur, il y en a deux qui méritent vraiment le détour.
    Le premier de ces reproches est une réaction épidermique et corporatiste qui surgit immanquablement quand un "qu'est-pas-ou-qu'a-pas-été-de-la-grande-maison" s'avise de parler de l'école. Les enseignants se sentent tout de suite agressés, dépréciés, critiqués, même lorsque l'oeuvre ne met pas en cause leurs mérites. Et l'auteur-blogger-enseignant de l'article tombe dans ce travers bien sûr. Il se sent obligé de défendre ses collègues, qui ne sont nullement attaqués par le film. En fait, c'est, l'auteur de l'article qui  insulte et méprise ses collègues, en refusant, dans son angélisme indécrottable de faire reposer la responsabilité de l'impossibilité à transmettre des savoirs sur certains des élèves de la classe. Selon lui, ces élèves ne peuvent être des bourreaux mais seulement des victimes du système. C'est lui, le grand défenseur des collègues contre le méchant réalisateur censé être anti-prof, qui reproche à madame Bergerac, en dernière instance et pour expliquer les problèmes qu'elle rencontre, son "manque de pédagogie". Ben voyons !!!
    Curieusement, l'auteur de l'article oscille entre deux reproches contradictoires. D'un côté, il suspecte les tenants de la culture "classique" de se cacher derrière elle pour véhiculer des idées d'extrême droite, et donc le réalisateur de se faire le porte parole des brontosaures comme Brighelli qui fustigent un "pédagogisme" IUFMien qui aurait renoncé à enseigner les belles lettres à l'école.  D'un autre côté, il reproche au film de prétendre que cette culture classique ne serait plus enseignée. Le film ne dit rien de tout cela bien entendu. Il met en scène, au contraire, une prof qui, bien que maghrébine d'origine et ne l'ayant pas dit à ses élèves par démagogie et facilité  (ce qui lui faciliterait pourtant la tâche auprès des petits fachos communautaristes auxquelles elle est confrontée)  continue contre vents et marées à vouloir enseigner la matière qu'elle a étudiée et pour laquelle elle a été formée. Non cher monsieur critique blogger,  le film ne dit nullement que les enseignants démissionnent, il met en scène, au contraire, une prof désespérée qui essaie de parler de Molière l'arme au poing (ce qu'elle ne peut plus faire d'habitude) et dont le pétage de plomb totalement improbable doit avoir donné envie à certains collègues exerçant dans les cités d'avoir un jour les couilles ou la folie d'en faire autant.
    Et ce n'est pas parce que Brighelli dit du bien du film que le propos du réalisateur est réactionnaire. L'auteur de l'article, à en juger par sa dialectique a bien dû voter contre l'Europe au dernier réferendum, tout comme Jean-Marie Le pen. Cela ne fait pas de lui, pour autant, un sympathisant de l'extrême droite.
    C'est le propre de toute oeuvre originale, de toute pensée libre, non inféodée à une idéologie big brotherienne dominante, d'être à la fois violemment attaquée, par la droite comme par la gauche et d'être aussi parfois encensée par les extrêmes de tous bords. La journée de la jupe n'échapppe pas à la règle.
     
    Venons-en maintenant à la démonstration laborieuse et totalement délirante de notre critique blogger sur la revendication de la prof. Selon notre censeur d'oeuvres non conformes à son idéologie, les femmes ont lutté dans le passé pour avoir le droit de porter un pantalon. La demande des filles des cités (et de la prof) de pouvoir porter une jupe sans se faire traiter de putes, serait donc suspecte aux yeux de notre grand défenseur du droit des femmes. C'est un peu la même logique qui lui fait dire que si on enseigne Molière, alors que les nostalgiques de l'école d'antan ne jurent que par les classiques, on serait un réactionnaire. CQFD, l'angle droit bout à 90°. Pour le coup ce ne sont pas les immmams des cités qui reprocheront au "critique" de Rue 89, son zèle à défendre la pudeur des jeunes filles musulmanes, menacées par la dépravation occidentale...
     
    Tout cela est ridicule. Je laisse la parole à l'un de mes amis, qui ,dans un mail qu'il m'a adressé, a excellement défini la qualité essentielle du film, ce qui fait qu'il est supérieur à Entre les murs, qui reste englué, lui, dans les mailles d'un angélisme qui se bat la coulpe et ne cesse de banaliser l'inexcusable. Et c'est cela, d'ailleurs, la critique implicite et radicale de l'angélisme de certains, qui doit terriblement agacer l'auteur de l'article.  Voilà ce que disait .cet ami :  "Il est certain que le film (contrairement à "entre les murs") ne joue pas sur "les circonstances atténuantes et fait un sort radical à l'angélisme"
    Je ne pourrais pas le formuler mieux.

    aucun commentaire
  • CinémaCe documentaire est une formidable plongée dans l'univers et dans l'intimité des gangs salvadoriens, qui s'affrontent et s'entretuent allègrement pour le contrôle de territoires urbains et du trafic de drogue. Ces bandes ont été créées au départ par de jeunes immigrés originaires de ce pays, déjà membres de gangs californiens et expulsés des USA.
    Le réalisateur, Christian Poveda, fut assassiné dans des circonstances peu claires, bien qu'ayant obtenu l'autorisation de filmer par les reponsables de l'un des gangs rivaux de la capitale.
    Comme le dit l'un des responsables lors d'un tabassage en règle d'une nouvelle recrue servant de rite d'initiation permettant d'être admis dans la "confrérie", il n'y a pas de retour en arrière possible une fois que l'on a été intégré. Si l'on souhaitait quitter le groupe, les tatouages, omniprésents, sur toutes les parties du corps (et même sur le visage), sont là pour rappeler aux éventuels "déserteurs" que l'on est condamné à obéir aux chefs pour toujours, à servir de chair à canon taillable et corvéable à merci. Les filles aussi, sorte de chair à sexe et "reproductrices" plus ou moins consentantes sont tatouées comme l'est le bétail pour permettre à un propriétaire de reconnaître son troupeau, et victimes des tueurs au même titre que les garçons.
    Concernant les tatouages, je n'ai pu m'empêcher de penser à ce que dit Levi-Strauss, dans Tristes tropiques, des motifs que les indigènes du Brésil qu'il étudie se dessinent sur la peau. Selon lui, en leur complexité, ces arabesques expriment sous une forme mythologique et donc obscure car non dicible, la structure inégalitaire et extrêmement hiérachisée des sociétés indigènes. Et de fait, au-delà du caractère fasciste et inégalitaire des sociétés mafieuses en général, on est en droit de se demander si ces franges marginales des populations d'amérique latine ne sont pas en train de se  réfugier inconsciemment dans  des valeurs oubliées de leur culture d'origine précolombienne. Dans cette hypothèse, les crimes et les morts ponctuant le film seraient autant de survivances de rites où une caste de prêtres  pratiquait des sacrifices humains pratiqués chez les Aztèques, les Incas et les Mayas et ayant servi  de prétexte aux conquistadors pour leur entreprise génocidaire et à tous les colonisateurs en général pour justifier les ethnocides dont ont été victimes les indigènes colonisés. L'oeuvre que les espagnols n'avaient pu terminé, la mondialisation actuelle, avec toutes les bonnes intentions du monde parfois, est en train de la parachever.
    Lors des enterrements de camarades assasinés, ce ne sont pas les prières et les psaumes du pasteur qui sont repris en choeur, mais une sorte d'hymne interne au clan semble-t-il, scandé par tous sous une forme chantée, comme s'il s'agissait d'un "Je vous salue Marie" païen.
    Ces desperados de la civilisation moderne (ou victimes du libéralisme, diront ceux qui préfèreront une explication moins anthropologique plus sociologique à l'existence de ces gangs)  sont filmés à la fois avec empathie mais sans aucune complaisance envers leur "monstruosité" et leur "barbarie". C'est ce qui fait la force du film, mais c'est peut-être celà qui a causé la perte du réalisateur.
    Les filles, bien que criminelles dangereuses elles aussi,  paraissent émouvantes lorsqu'on les voit câliner leurs enfants, s'inquiéter d'abord, lors de leur arrestation, de confier leur bébé à quelqu'un. L'une d'entre-elles, qui finira sous les balles du gang rival, qui fut défigurée par une balle perdue lors d'une rixe à laquelle elle participait peut-être, consulte un ophtalmo, se fait poser un oeil de verre, essaie de retrouver figure humaine après son opération en se fardant et en allant chez le coiffeur. Une autre cherche à se construire une identité en essayant de retrouver sa mère naturelle, qui l'a abandonnée à la naissance.
    La police, les juges, et autres membres de l'institution, pas vraiment convaincus de leur efficacité, essaient bien de sermoner ou de faire peur à ces jeunes, mais rien ne semble avoir d'effet sur eux.
    Un pasteur évangéliste local, assisté de ses mentors nord-américains venus assister à une séance d'admonestation solennelle organisée dans la cour d'une prison à laquelle sont obligés de participer un groupe de détenus adolescents visiblement insensibles aux sermons, tente bien de menacer ces délinquants de l'enfer qui les attend et des foudres célestes. Mais l'orateur se heurte à l'indifférence, parfois aux ricanements non dissimulés de son auditoire. Et pourtant, ces tueurs ne renoncent ni à Satan ni aux rites de l'église catholique, en se faisant enterrer religieusement, lors de cérémonies surréalistes où les "formes" sont plus ou moins respectées, bien que trangressées on l'a vu par la scansion finale  d'un couplet impie dans lequel on promet vengeance au défunt, au nom du gang...
    Bref, un film totalement désespéré et pessimiste. S'il vous reste encore une once de confiance en l'homme, en la capacité de nos institutions démocratiques à contenir la vague de sauvagerie qui semble déferler aux marges de notre société et menace de submerger totalement notre civilisation, n'allez surtout pas voir La vida loca. sinon, vous risquez de vous replier un peu plus sur la culture de votre jardin


    aucun commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique